Le Maître du Haut Château

Publié le 30 Avril 2017

La plus grande malice du diable est de faire croire qu'il n'existe pas C Baudelaire

 

 

La représentation électorale croissante des partis , fascistes est un fait dans tous les pays d' Europe. . Il n'est plus temps de parler d'émergence , ces partis ont émergé et gagnent régulièrement en influence et audience dans les populations.

Je n'utilise pas le terme de partis extrémistes, l'extrême étant défini en rapport à une norme, une médiane, une moyenne qu'il reste à préciser. Je préfère aussi qualifier ces partis pour ce qu'ils sont réellement plutôt qu'en comparaison avec d'autres. Le fascisme est habituellement défini comme un régime autoritaire, nationaliste, gouvernant avec un parti unique, un culte de la personnalité. Le racisme lui est l'attribution de caractéristiques à un individu ou un groupe d'individus sur la base de la seule origine ethnique

 

La "crise", mot vide de sens est avancée pour expliquer ce vote. Une crise est une rupture d'équilibre qui a une temporalité. La situation économique actuelle n'a rien d'une rupture d'équilibre, sa temporalité est prolongée. Quel que soit le terme utilisé, la précarité d'une partie de plus en plus importante de la population en est le visage.

Le libéralisme économique a prospéré en permettant d'enrichir une minorité, tout en garantissant un minimum au plus grand nombre, au prix d'un travail usant. L'échec économique puis politique du communisme d'état a conforté les tenants d'un libéralisme exacerbé dans leur dogme. L'arrêt de la croissance économique à la fin des années 1990 n'entraine pas la fin du libéralisme, qui perdure mais avec une concentration des richesses qui augmente. L'analyse historique de la répartition des richesses montre une régression des inégalités pendant 50 ans, de l'après seconde guerre mondiale à la fin des années 1990. Par contre depuis 1998 les inégalités s'accroissent. Le libéralisme n'est plus capable d'apporter un peu au plus grand nombre. Il n'est même plus en capacité de vanter l'illusion d'une success story.

 

Un parallèle est trop vite fait avec les conséquences du krach boursier de 1929, de la crise qui s'en suit et de l'émergence des fascismes. Cette analyse est simpliste. Si les conséquences économiques sont similaires les conséquences politiques sont très différentes selon les pays. Les fascismes européens ont prospéré sur le terreau de la crise essentiellement en Allemagne, mais aussi en Espagne. Par contre l'Italie était fasciste avant la crise de 1929. La Grande Bretagne n'a pas connu de mouvement fasciste important dans la période de l'entre deux guerres.

 

Les partis qui se sont succédé au pouvoir depuis 40 ans ont été incapables de sortir du dogme du libéralisme exacerbé. Ils ont parfois tenté de limiter un peu ses outrages mais bien timidement. Ils sont en cela responsables de l'augmentation de la précarité, mais ce n'est pas la raison unique du vote FN. La précarité croissante exacerbe la souffrance et la colère, elle n'explique pas à elle seule le développement des partis fascistes xénophobes, identitaires.

 

On néglige trop la xénophobie. Un vote FN, ou pour un autre parti similaire reste un vote xénophobe. Le racisme n'est pas pour tous les électeurs le motif premier de leur vote, mais il est toujours présent, ou au minimum accepté. L'horreur de la shoah a limité pendant des décennies l'expression d'un racisme affirmé, du moins envers certains, le confinant à certains groupuscules, dont le FN de l'époque. Le racisme a continué à s'exprimer, mais sous un enrobage "civilisé" et ciblant les populations issus de la colonisation. Le passage progressif de la seconde guerre mondiale, et de la décolonisation d'une histoire  vécue, à une histoire livresque a favorisé l'expression affirmé du racisme. Ce n'est bien sur pas la seule explication.

 

Les responsables politiques et ceux que l'on nomme les élites ( je déteste ce terme condescendant pour tous les autres) ont néanmoins une responsabilité majeure dans la prospérité des partis racistes. Ils ont d'abord consciemment favorisé l'émergence il y a 30 ans du FN, par calcul politicien. Les voix recueillies par les candidats FN permettaient à certains une alliance pour gagner un poste, à d'autres de répartir les votes opposants sur plusieurs candidats et par là même gagner une élection.

 

Mais plus que les calculs politiciens locaux c'est la banalisation du message raciste qui est en cause.

 

Il existe une porosité entre la droite dite légitimiste, conservatrice ou réactionnaire et la droite raciste. Des "bruits et des odeurs" aux "racines chrétienne de la France" les hommes politiques de cette droite ont une responsabilité certaines dans la banalisation des messages racistes. Les consignes de report de vote sous forme d'abstention, illustrés par le "ni-ni", ont aussi contribué à la banalisation des thèmes racistes, présentés comme équivalent aux autres programmes.

 

Les partis dit progressistes ou de gauche ne sont pas exempt de critiques. Le renoncement à des idées sociales, égalitaires au profit d'un libéralisme bien peu social est en partie responsable de l'actuelle situation économique et sociale.

 

Les partis racistes, fascistes ,ne prospèrent pas seulement sur la précarité sociale, ni sur la connivence même implicite de certains, ils prospèrent surtout sur le vide que leur concède les autres partis.

 

L'incapacité des partis à produire des idées et un programme a ouvert un boulevard aux thèses des partis fascistes. Les errements sur la laïcité en sont l'illustration la plus visible.

 

La loi de 1905 instaure la séparation juridique de l'état et de la religion. Elle garantit la liberté de pratiquer une religion de son choix, ou aucune religion. Elle sanctionne les coercitions pour imposer ou interdire la pratique d'un culte religieux.

 

Les définitions de la laïcité sont nombreuses, elles diffèrent selon les pays, leur histoire, leur rapport aux religions. Néanmoins la laïcité n'est pas le rejet du prosélytisme , ni la défense d'une égalité de droit entre homme et femme. La défense du droit des femmes mérite mieux que des discours hystériques sur le foulard islamique. En résumant les droits universels à la critique d'une religion, les militants des droits se trompent de combat et banalisent le rejet de l'autre, autant que ceux qui assimilent une religion à un groupuscule meurtrier.

 

A l'inverse, abandonner la défense des plus précaires à des groupes sectaires minoritaires qui diffusent des idées d'exclusion, concoure à la banalisation du racisme qui n'est pas l'apanage des bourgeois blancs. Laisser diffuser la haine au prétexte qu'elle émane de mouvements anti libéraux ou anticapitalistes ou anticolonialistes, est aussi contribuer à la banalisation du racisme. .

La banalisation se fait aussi par l'amalgame des idées. Le capitalisme est un choix de société critiquable, il n'est en rien comparable aux idées racistes développées par certains partis. Les arguments de lutte des classes ignorent à la fois la nature même des thèses racistes et leurs conséquences. Il serait stupide de nier le pouvoir d'une minorité ou sa propension à le garder. Il est dangereux de le comparer à la volonté affichée des partis fascistes d'un pouvoir absolu au service de l'exclusion. La démocratie impose d'abord d'accepter des idées différentes des siennes.

 

L'argument ressassé de la manipulation des masses par une minorité oligarchique est à la fois une négation du principe de pluralité et surtout une incroyable condescendance pour les électeurs rabaissé au statut de moutons de Panurge. On ne peut à la fois revendiquer l'expression populaire et la rejeter quand elle n'exprime les idées attendues.

Le fascisme prospère d'abord sur nos abandons ou nos lâchetés.

 

Rédigé par Dr niide

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Docteurdu16 30/04/2017 16:38

Cher ami,
Je suis d'accord avec tout cela, d'une certaine façon, mais n'oublie pas que des milliers d'auteurs ont écrit des millions de pages sur le sujet.
Ta vision est réductrice.
Le racisme n'est pas un concept capitalisto-libéral.Pas seulement.
Quant au libéralisme philosophique il existait avant le capitalisme.
C'est un concept anthropologique.
Et sociologique.
Bon.
Dire que l'ultra libéralisme a été appliqué en France c'est ne connaître ni l'Argentine,
ni la GB, ni le Chili, et cetera. La lecture de Joseph Stiglitz est édifiante sur le sujet.
Le libéralisme est un outil efficace du capitalisme mais il n'est pas seulement économique.
Il est aussi culturel. Et la gauche l'a adopté.
L'uniformisation du monde est un danger mortel.
Des idéologues d'extrême gauche radicale comme Toni Negri sont partisans d'un gouvernement mondial pour pouvoir plus facilement prendre le pouvoir.
L'uniformisation du monde, et la perte des langues et des identités nationales et/ou religieuses, et cetera, conduira au chaos, si René Girard a raison.
Le racisme, c'est la peur de l'autre qui ne me ressemble pas et qui serait mon rival.
Tu vois, je pourrais écrire des centaines de pages.
Le racisme, c'est pas bien (ça) mais il faut le combattre en nous-même aussi (surmoi).
Bonne journée.