Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine Ministre des affaires, de la santé et des droits des femmes.

Publié le 13 Octobre 2015

"Ce n'est pas le doute qui rend fou c'est la certitude"

Nietzsche

Madame la ministre vous avez annoncé un débat national sur la vaccination et une concertation sur le dépistage du cancer du sein.Fervent défenseur d'une prise de décision partagée, je ne peux qu'approuver une démarche associant la population à des décisions médicales. J'utiliserais bien le terme de démocratie sanitaire, mais son utilisation inadaptée en a galvaudé le sens.

Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine Ministre des affaires, de la santé et des droits des femmes.

La présentation du site de concertation sur le dépistage du cancer du sein, douche immédiatement ces espoirs. Il ne s'agit pas de concertation sur le dépistage, mais de concertation sur son amélioration. Le choix est se faire dépister. Les avantages du dépistage du cancer du sein sont largement exposés, tout comme les inconvénients à ne pas se faire dépister. Mais qu'en est il des inconvénients du dépistage?

Loin des affirmations péremptoires sur le dépistage, les données valides relativisent son utilité. Il est actuellement impossible de prévoir si une femme participant au dépistage en tirera un bénéfice ou des inconvénients. Ces informations sont pourtant indispensables pour un choix éclairé des femmes avant leur décision de participer ou non à un dépistage du cancer du sein. Certes le site de la concertation aborde le surdiagnostic et ses conséquences. On y lit qu'un relatif consensus scientifique existe en faveur du dépistage. Un relatif consensus est il un élément de choix éclairé? Pour prévenir le risque de surdiagnostic, sont évoqués les enjeux actuels de la recherche. Il est bien sur nécessaire que la recherche conduise à réduire les risques de surtraitement par surdiagnostic, mais ce sont des enjeux à venir.

Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine Ministre des affaires, de la santé et des droits des femmes.

Votre souhait d'un débat sur la vaccination dont je n'ai pas trouvé trace sur le site du ministère de la santé, mais qui a donné lieu à des communiqués relayés par les médias fait suite à ce que vous appelez une défiance vis à vis de la vaccination.

La vaccination est un terme générique recouvrant des situations bien différentes.

La vaccination contre la diphtérie, la coqueluche, la polio, soulèvent peu de questions sur leur efficacité hormis d'ordre sectaire chez certains. J'y ajouterai celle contre l'hépatite B bien que l'on puisse discuter sa place dans le calendrier vaccinal, plus d'ordre pratique que médical. La recommandation de vaccination des nourrissons repose en effet plus sur l'aspect pratique de regrouper plusieurs vaccinations en évitant les "oublis" ultérieurs, que sur la preuve d'une plus grande efficacité, voire de la nécessité d'une prévention précoce.

Pour d'autres vaccinations il en est tout autrement.

Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine Ministre des affaires, de la santé et des droits des femmes.

Les recommandations de vaccination grippale, reposent sur des données floues. Le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) indique dans son rapport ici que ni les données de mortalité de la grippe, ni les données d'efficacité de la vaccination des plus de 65 ans ne sont précises. Ces données sont détaillées dans le chapitre 1 du document joint ci dessous.

La vaccination papillomavirus, responsable de cancers du col de l'utérus repose sur des données tout aussi floues. . Pas plus que pour la vaccination de la grippe il n'existe de données fiables sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin. Surtout le dépistage du cancer du col par la réalisation de frottis cervico-utérin qui a lui, démontré une efficacité est dramatiquement absent de cette campagne.

Madame la ministre, les professionnels de soins sont consciencieux et soucieux du mieux être de leur patient. Remettre en cause l'efficacité de certains vaccins n'est pas synonyme d'obscurantisme anti vaccinal, pas plus que s'interroger sur l'efficacité du dépistage du cancer du sein par mammographie n'est synonyme de sexisme. Douter, s'interroger sur des résultats est le propre d'un scientifique. Le choix des patients nécessite des informations fiables. Ces informations manquent.Favoriser le choix des patients implique de préciser les risques pour les femmes de l'absence de dépistage du cancer du sein, la mortalité liée à la grippe des populations cibles, l'efficacité de la vaccination chez les personnes concernées par la campagne de vaccination. Initier ces travaux facilitera le choix des patients.

Lettre ouverte à Madame Marisol Touraine Ministre des affaires, de la santé et des droits des femmes.

Rédigé par Dr niide

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Dr niide 21/02/2016 17:48

Où avez lu que je proposais d'attendre une épidémie méningocoques pour vacciner? J'ai écrit que la vaccination avait un rapport bénéfice risque probablement favorable.

laurent 21/02/2016 17:11

Vos propos sont d'une certaine justesse mais encore ambigus quant à l'efficacité NON démontrée du vaccin anti Papilloma Virus puisque en effet il faudra du temps pour voir les cancers du col diminuer mais constater que les lésions précancéreuses régressent semblent un élément tout à fait favorable pour promouvoir cette vaccination
Pour les méningites je m'insurge contre vos propos appelant à tenir compte d'une écologie locale .Les meningocoque Cou B frappent toutes les populations et toutes les régions ,certes sous formes de petites épidémies mais elles sont totalement imprévisibles .Il faudrait donc selon vous attendre le développement de l'épidémie pour vacciner largement la population de la région en question? Je suis absolument certain que vous n'avez jamais rencontré d'enfant porteur de séquelles de méningite ou accompagné de telles pathologies potentiellement mortelles .J'ai longuement pratiqué la réanimation pédiatrique dans un service de CHU avant la mise en place de ces vaccinations je peux donc mesurer le bénéfice obtenu grâce à celles ci .
Enfin merci de m'indiquer un article sérieux faisant référence à des effets secondaires graves avérés après vaccination contre le méningocoque C ( plus de 20 millions de vaccinés au ROYAUME -UNI )

laurent 20/02/2016 12:22

vous prétendez ex abrupto qu il n'existe pas de données fiables sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin contre le papilloma virus .Ceci est totalement inexacte et malhonnête puisque de nombreux pays y compris la France ont publié des données confortant l'efficacité prévisible ( diminution considérable des lésions inflammatoires précancéreuses ) et l'innocuité ( étude française de l'automne 2015) de ce vaccin .
quid de votre avis à propos des vaccins chez l'enfant contre les pneumocoques , l'H I et les différents méningocoques?
il est plus simple d'alimenter la polémique que d'être objectif sur les bienfaits des vaccins
Un pédiatre

Dr niide 20/02/2016 14:22

L'objet de ce billet n' était pas de lister le rapport bénéfices/risques de tous les vaccins. Il était de demander des données fiables permettant une décision partagée avec le patient.
Concernant les vaccinations Pneumocoques, HI peu de questions d'efficacité et d'innocuité se posent, je ne les avais donc pas abordé. Pour la vaccination méningocoque, elle justifiée en fonction de l'écologie régionale, qui est peu prévisible, son rapport bénéfice/risque est donc probablement favorable mais sans plus de certitude.
Concernant l'HPV vos dires sont incomplets. L'ANSM dans son évaluation du vaccin HPV rappelle qu'une majoration faible ( 2/100 000) de Guillain Barre existe, qu'il est mentionné d'ailleurs dans le RCP, mais que ce risque apparaît faible en rapport aux bénéfices possibles.
Toutes la question est bien de ce bénéfice escompté que vous qualifiez vous même de prévisible selon les études publiées. Dans les populations à risques il y a un effet bénéfique indéniable en terme de prévention du cancer du col, mais ce ne sont pas ces populations qui bénéficie du vaccin. Si vous avez des données démontrant dans les populations soignées en France ou dans des pays similaires que la vaccination HPV réduit l'incidence des cancers du col merci de me les communiquer. La réalité est que des études montrent une diminution de l'incidence des lésions précancéreuses dont 1/100 ( pour les CIN 2 ) évolueront vers un cancer du col. L'incidence du cancer du col est de 3000 cas en France, sa mortalité de 1000 cas environ. Le bénéfice prévisible reste donc faible. Mais surtout il est prévisible et non démontré.
Vous parlez d'alimenter la polémique. Je suppose que vous parlez des pro/ anti vaccin. Je ne polémique pas sur les vaccins. Un vaccin est un traitement préventif pour lequel l'efficacité est fonction du vaccin, de la maladie, de la situation du patient, de la situation épidémiologique. Il est tout aussi inepte d'être pro ou antivaccin que d'être pro ou anti médicament. Comme tout traitement il ne se conçoit que dans le cadre d'une décision partagée avec le patient, décision partagée qui implique une information éclairée. Dans l'état actuel des connaissances ont peut dire que peut être le vaccin a une efficacité en terme de réduction de survenue de cancer du col dans la population générale française au prix d'un très faible risque de survenue de Guillain Barre . Une décision partagée différente serait possible avec des données valides sur son efficacité en terme de morbi mortalité. Ce qui n'empêche pas de réaliser le vaccin quand une demande est formulée, après information.

edith tence 20/02/2016 14:05

à Laurent : ma fille a eu le papillomavirus HPV16 à la suite de sa vaccination au Gardasil .Juste avant, frottis à l'appui, elle n'avait rien. Et je ne parle pas de la quantité" de maladies autoimmunes: lupus, syndrôme de raynaud, angio oedème....et pour finir les kystes ovariens à répétition !

EDITH TENCE 20/02/2016 11:32

Cette lettre ouverte est parfaite.Elle devrait être lu à tous lors des débats. Merci de votre implication ds ce si difficile combat.

laurent 21/02/2016 17:14

Edith
On peut s 'interroger dans le cas de votre fille sur la fiabilité du frottis prévaccinal
par contre vos affirmation concernant les maladies auto immunes sont démenties par toutes les études actuelles à l'exception comme l'a relevé mon éminent collègue d'un doute concernant l'augmentation du syndrome de GUYLAIN - BARRE
pour les autre pathologies il n'y a aucune preuve pas plus pour les kystes ovariens

laurent 21/02/2016 17:14

Edith
On peut s 'interroger dans le cas de votre fille sur la fiabilité du frottis prévaccinal
par contre vos affirmation concernant les maladies auto immunes sont démenties par toutes les études actuelles à l'exception comme l'a relevé mon éminent collègue d'un doute concernant l'augmentation du syndrome de GUYLAIN - BARRE
pour les autre pathologies il n'y a aucune preuve pas plus pour les kystes ovariens

laurent 21/02/2016 17:14

Edith
On peut s 'interroger dans le cas de votre fille sur la fiabilité du frottis prévaccinal
par contre vos affirmation concernant les maladies auto immunes sont démenties par toutes les études actuelles à l'exception comme l'a relevé mon éminent collègue d'un doute concernant l'augmentation du syndrome de GUYLAIN - BARRE
pour les autre pathologies il n'y a aucune preuve pas plus pour les kystes ovariens

edith tence 20/02/2016 14:00

à Laurent : ma fille a eu le papillomavirus HPV16 à la suite de sa vaccination au Gardasil .Juste avant, frottis à l'appui, elle n'avait rien. Et je ne parle pas de la quantité" de maladies autoimmunes: lupus, syndrôme de raynaud, angio oedème....et pour finir les kystes ovariens à répétition !

Thomas 16/10/2015 16:59

Cette lettre ouverte est très agréable à lire et grâce à elle nous comprenons votre point de vue. Je suis ravi de voir que vous abordez les vaccins multiples. Pour mon enfant, le médecin ne nous a pour ainsi dire pas laissé le choix du vaccin et donc de la composition.

Dr niide 16/10/2015 20:14

Le choix devrait toujours revenir au patient, en l’occurrence à vous parents dans cette situation.
La vaccination de l'enfant est néanmoins compliquée actuellement par un manque de certains vaccins conduisant de fait à un choix qui n'en est pas vraiment un. Soit on procède à une vaccination incluant l'hépatite B, soit on ne vaccine pas. Ce manque de certains vaccins posent d'ailleurs des questions.